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1963
Lester Pearson
Hebdomadaires

Le très honorable Lester Bowles Pearson
Allocution au congrès de l'Association des hebdomadaires de langue française du Canada
le 17 août 1963

* - indique les parties du discours prononcées en anglais.

* Monsieur le président, vous avez le droit d'être fier de votre association et de chacun de ses membres. La presse hebdomadaire remplit un rôle de toute première importance parce qu'elle accomplit son oeuvre d'initiative, d'information et aussi de formation aux premiers échelons de l'activité humaine, c'est-à-dire au niveau de la famille, au niveau de la municipalité, dans les cadres d'une région. C'est donc à l'homme, à l'être Humain presqu' individuellement, que vous vous intéressez plutôt qu'à la masse des lecteurs. La politique internationale, les problèmes nationaux ne vous sont pas étrangers, mais c'est principalement l'économie locale ou régionale que vous servez, et ce rôle si important, il n'y a que vous qui pouvez le remplir efficacement.

* Cette oeuvre est accomplie à travers le pays par plus de mille journaux hebdomadaires, mais il faut reconnaître que vous, les journalistes de la presse française, vous apportez quelque chose de plus, vous jouez un rôle distinctif en collaborant au maintien et au progrès constant de la culture française sur cette terre d'Amérique.

Le Canada est riche et privilégié par plus d'un côté, mais surtout parce qu'il est le dépositaire et l'héritier de deux grandes cultures.

Votre association dépasse les cadres géographiques de la province de Québec puisque ses membres se recrutent aussi dans les provinces de l'Atlantique, en Ontario et dans les provinces des Prairies. Vous êtes donc l'image même du Canada français qui s'affirme partout au pays.

Il est important, je crois, d'accentuer sans cesse ce fait et cette reconnaissance pour faire du Canada un pays vraiment bilingue avec deux cultures de base, auxquelles d'autres sont venues s'ajouter pour notre plus grand avantage.

Envahissement culturel américain

L'unité canadienne traverse présentement une autre période difficile. Ces difficultés proviennent de causes communes. Depuis quelques années, les Canadiens anglais ont plus que jamais conscience de l'envahissement culturel américain et ils sentent que le contrôle de leur économie leur échappe graduellement. Par contre, ils se rendent compte que leur niveau de vie, qu'ils ne veulent pas voir diminuer, dépend dans une très large mesure de l'exportation de nos produits aux États-Unis et de l'importation de capitaux américains. Ils sentent donc que l'envahissement qu'ils regrettent est la source même de la prospérité qu'ils désirent. C'est pourquoi ils comprennent que leur indépendance politique ne peut efficacement prévenir un envahissement devenu inséparable de la prospérité.

Cette situation fait naître inévitablement la frustration. Un très petit nombre de Canadiens anglais éprouvent des regrets et se retournent vers le passé. D'autres sont tentés d'abandonner la lutte et de devenir américains. La plupart, toutefois, ont décidé de réagir positivement à l'envahissement américain, d'accentuer leur identité et de se rapprocher davantage des Canadiens français.

Non pas la fuite, mais la lutte

En somme, la solution à ce problème de l'envahissement n'est pas dans la fuite mais dans la lutte. Quand on ne peut prévenir cet envahissement, * il faut tenter de l'assimiler et de le contrôler. Telle est la grande tâche qui s'impose au Canada français. Il lui faut d'abord rebâtir la société en fonction des problèmes et des besoins du monde contemporain et je pourrais en dire autant du Canada anglais. Il faut aussi que les deux groupes se rencontrent et se connaissent davantage, car je suis persuadé que des relations plus continues peuvent être mutuellement profitables. Je pense aussi que les causes et les aspects communs des problèmes du Canada anglais et de ceux du Canada français nous permettront de nous rapprocher et de nous comprendre plus que jamais. Car, au fond, nous souffrons du même mal à des degrés différents, et pour y apporter un remède efficace, nous avons besoin les uns des autres. En ce sens, tout au moins, nous sommes inséparables.

* Nous le sommes aussi en ce sens que des centaines de milles Canadiens de langue anglaise résident dans le Québec, tandis que près d'un million de Canadiens de langue française demeurent hors du Québec. Ce dernier fait a été reconnu officiellement par le gouvernement du Québec, lorsqu'il a créé un ministère des Affaires culturelles. Québec, dans ce sens, est plus qu'une province -- c'est une mère-patrie -- mais une mère-patrie dans une confédération -- associée sur le plan national.

Evolution lente mais véritable

Le rapprochement entre les deux groupes exige entre autres choses que le Canada anglais prenne davantage conscience des aspirations du Canada français et que celui-ci ne s'impatiente pas trop s'il trouve que cette prise de conscience est lente à se manifester. Des progrès véritables sont marqués d'une génération à l'autre. Par exemple, la doctrine de Bourassa sur le nationalisme canadien, qui était considérée comme une hérésie, il y a une génération, est maintenant acceptée par la presque totalité du Canada anglais. En somme, si nous n'évoluons pas tout à fait au même rythme, nous évoluons au moins dans le même sens. C'est là l'essentiel, à mon avis.

Il faut reconnaître que, au point de vue historique et culturel, notre pays est principalement formé de deux peuples et que ces deux peuples doivent avoir des droits égaux et une chance égale dans l'expansion et aussi dans la direction de leur économie. Mais nous devons aussi reconnaître que la nation canadienne, précisément, réunit ces deux peuples qui ont fondé et fait grandir notre pays. Le jour où nous ne pourrons plus parler d'unité canadienne dans notre pays, le Canada aura cessé d'exister et alors nos deux cultures seront en grave danger.

Au moment où nous nous préparons à en célébrer le centenaire, il convient que notre Confédération soit repensée et qu'elle réponde aux exigences de l'heure présente. C'est un modèle mil neuf cent soixante trois que nous voulons tous.

Notre fédéralisme doit être conçu de façon assez souple pour permettre l'existence d'un gouvernement canadien qui soit fort dans les limites de sa juridiction afin de jouer pleinement son rôle au sein des grandes nations du monde, tout en assurant le progrès et le bien-être de la population canadienne.

Nous voulons également donner aux provinces toutes les attributions et tous les pouvoirs que leur confère la constitution, ainsi que les moyens d'exercer ces pouvoirs.

Je tiens à répéter que nous devons arriver à un fédéralisme coopératif, c'est-à-dire une formule fédérative exempte de tout esprit de centralisation inacceptable.

Ere nouvelle du régime confédératif

À la clôture de la récente conférence fédérale-provinciale, le Premier ministre du Québec a tenu à souligner que le régime confédératif est entré dans une ère nouvelle. Je suis convaincu que des rencontres plus fréquentes permettront aux dirigeants des gouvernements des provinces et du pays de trouver des solutions aux problèmes actuels, et je ne doute pas qu'un organisme permanent pourra également jouer un rôle important dans les relations fédérales-provinciales. Tout cela permettra une meilleure compréhension de nos problèmes respectifs et aussi des problèmes communs. C'est dans la compréhension que s'établissent les bonnes relations, l'amitié et la collaboration.

Je sais, comme vous, que la province de Québec est différente des autres parce que, tout en étant une province du Canada, elle est la patrie de gens qui vivent dans d'autres provinces. Elle a besoin des moyens de rester elle-même; le Québec doit avoir les moyens d'agir, de faire face aux besoins actuels et de satisfaire également des aspirations qui remontent à plusieurs siècles.

Unité dans la diversité

On admettra, par ailleurs, que le Canada a aussi besoin des moyens d'être lui-même et d'agir pour lui-même, tant sur le plan intérieur que sur le plan international, surtout dans ses efforts d'assurer la paix et la sécurité dans le monde. Autant pour assurer le relancement de notre économie que pour la continuation de notre rôle dans le monde, nous avons besoin d'un Canada uni. Une unité dans la diversité, une unité d'action à titre d'associés, d'associés égaux. C'est au sein d'un Canada en bonne santé que les aspirations du Québec peuvent se réaliser.

* Le gouvernement que je dirige, monsieur le président, va s'efforcer d' atteindre à l'égalité entre les deux partenaires en commençant par assurer une meilleure compréhension, un échange plus facile de vues et d' opinions.

* Je fonde les plus grande espoirs dans la Commission d' enquête sur le biculturalisme que nous venons de créer.

Mesures déjà prises

* Déjà nous avons pris les moyens pour que la langue française soit non seulement reconnue de façon officielle au gouvernement du Canada, mais encore, c'est ce qui importe, qu' elle soit d'usage de plus en plus courant. Nous voulons que dans tous les secteurs de l'administration fédérale on puisse faire usage du français aussi bien que de l'anglais. Je sais que nous arriverons à ce résultat souhaité: un fonctionnarisime bilingue.

C'est dans cet esprit de sincère coopération que le Canada doit se diriger vers son avenir et je ne doute pas que la presse canadienne, et tout spécialement la presse hebdomadaire, voudra apporter une collaboration que nous jugeons indispensable.

Cette collaboration, je vous la demande, mesdames, messieurs, pour que tous ensemble nous fassions disparaître les causes de malaise et que nous trouvions des solutions permanentes aux problèmes qui se posent naturellement dans un pays bi-ethnique et biculturel.

Un problème très important

* Notre pays n'a pas de problème plus important à résoudre à part ceux de la paix et du travail pour la population que le maintien et l' épanouissement de la Confédération canadienne, fondée sur une association égale, la seule pierre de base qui rende possible une nation canadienne.

* J'ai déjà parlé du Problème de la sauvegarde de la nation canadienne, du maintien de notre identité canadienne contre les pressions inévitables des États-Unis d'Amérique pressions d'autant plus fortes qu'elles sont amicales et que, de plusieurs manières, elles ont eu de bons résulats pour nous.

* Mais certains Canadiens commencent à se demander pourquoi nous devrions nous inquiéter de "sauver" le Canada de l'envahissement américain si nous ne croyons pas qu'il y a un Canada à sauver, un Canada qui est plus grand que ses parties.

* J'ai la conviction qu'il existe un tel Canada, dont nous devrions tous être fiers d'être les citoyens -- que nous soyons de langue française ou anglaise.

* Je crois qu'il peut y avoir une nation canadienne, au sein de laquelle les deux cultures fondamentales peuvent s'épanouir complètement et dans une association égale.

* Je sais que ceci ne peut être accompli qu'en respectant et comprenant le point de vue de l'autre partenaire et qu'en appréciant pleinement la part du partenaire en question à l'édification de la Confédération canadienne. Ceci peut être accompli, je le sais.

* Je refuse de croire que dans un monde soumis à tous les dangers et où il n'y a aucune sécurité, où la fraternité universelle est la solution à la menace d'extinction, où il est absolument nécessaire que les hommes se rapprochent en esprit comme ils sont maintenant rapprochés en fait, je refuse de croire que dans ce monde tous les Canadiens ne peuvent vivre ensemble, travailler ensemble, grandir ensemble dans l'amitié et la bonne entente, rejetant les dangereux conseils de l'extrémisme d'où qu'ils viennent, afin qu'ensemble nous puissions réaliser le grand destin du Canada.



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